On entend encore souvent qu’un chien qui convulse risque d’avaler sa langue, et qu’il faut lui maintenir la mâchoire ouverte pour l’en empêcher. C’est faux : un chien ne peut pas avaler sa langue, et ce geste expose surtout la personne qui le tente à une morsure sévère, involontaire, pendant une crise que le chien ne contrôle absolument pas.
L’épilepsie est la maladie neurologique chronique la plus fréquente chez le chien. Ce guide explique ce qu’il faut vraiment faire pendant une crise, comment distinguer une urgence vitale d’un épisode à surveiller, et à quoi ressemble le traitement au long cours.
Fiche rédigée à partir des repères cliniques utilisés en neurologie vétérinaire canine, à jour au 6 août 2026.
Notre réponse en quelques mots
| Question | Réponse en bref |
|---|---|
| Qu’est-ce que l’épilepsie chez le chien ? | Une maladie neurologique chronique caractérisée par des crises convulsives récurrentes. Dans la majorité des cas chez le jeune chien, aucune cause identifiable n’est retrouvée : on parle d’épilepsie idiopathique. |
| Que faire pendant une crise ? | Ne rien mettre dans la gueule du chien, l’éloigner des escaliers ou meubles dangereux, chronométrer la durée, et rester calme jusqu’à la fin de la crise. |
| Quand est-ce une urgence ? | Si la crise dure plus de 5 minutes, ou si plusieurs crises se succèdent sans reprise de conscience complète entre elles : c’est un état de mal épileptique, une urgence vétérinaire vitale. |
| Ça se soigne ? | Pas de guérison définitive dans la forme idiopathique, mais un traitement anticonvulsivant quotidien permet, chez la plupart des chiens, de réduire nettement la fréquence et l’intensité des crises. |
| Quel budget prévoir ? | Bilan initial, traitement quotidien à vie et contrôles sanguins réguliers : comptez de 30 à 80 € par mois selon la molécule utilisée. |
Épilepsie idiopathique, structurelle ou réactive : trois origines très différentes
Toutes les crises convulsives ne relèvent pas de la même cause, et cette distinction change complètement l’approche diagnostique et le pronostic.
L’épilepsie idiopathique
C’est la forme la plus fréquente chez le chien, avec une composante génétique bien documentée chez certaines races : Border Collie, Berger Australien, Berger Belge, Labrador, Golden Retriever, Beagle, Berger Allemand ou Teckel. Elle débute typiquement entre 6 mois et 6 ans. Aucune lésion cérébrale ni cause métabolique n’est retrouvée : le diagnostic se pose par élimination, après avoir écarté les autres causes possibles.
L’épilepsie structurelle
Elle résulte d’une lésion cérébrale identifiable : tumeur, encéphalite, séquelle d’AVC ou malformation. Elle touche plus volontiers les chiens très jeunes (moins de 6 mois) ou plus âgés (plus de 6 ans), et s’accompagne souvent d’autres signes neurologiques entre les crises (troubles de la marche, du comportement, de la vision).
L’épilepsie réactive
Les crises sont ici la conséquence d’un trouble métabolique ou toxique : hypoglycémie sévère, insuffisance hépatique (notamment un shunt porto-systémique congénital), intoxication. Traiter la cause sous-jacente permet alors souvent de faire disparaître les crises. C’est un point de différence notable avec le chat, chez qui les crises convulsives sont plus souvent le signe d’une cause identifiable (structurelle ou réactive) que d’une véritable épilepsie idiopathique, comparativement rare dans cette espèce.
Reconnaître une crise : les trois phases
L’aura, avant-coureur discret
Certains chiens montrent des signes d’anxiété, cherchent le contact, deviennent agités ou se cachent dans les minutes qui précèdent la crise. Cette phase est parfois absente ou trop brève pour être remarquée.
La crise elle-même
La forme la plus fréquente, dite généralisée tonico-clonique, associe perte de conscience, chute sur le flanc, raidissement puis mouvements de pédalage des membres, salivation abondante, parfois miction ou défécation involontaire. Elle dure en général de quelques secondes à deux minutes.
La phase post-critique
Après la crise, le chien reste souvent confus, désorienté, avec une démarche mal assurée, parfois une cécité transitoire ou une faim et une soif intenses. Cette phase peut durer de quelques minutes à plusieurs heures, rarement jusqu’à un jour ou deux.
Que faire pendant et après une crise
- Ne rien approcher de la gueule du chien : il ne risque pas d’avaler sa langue, mais peut mordre involontairement
- Éloigner les objets dangereux et écarter le chien des escaliers, sans chercher à le retenir de force
- Chronométrer la durée de la crise : c’est l’information la plus utile pour le vétérinaire
- Baisser la lumière et le bruit ambiant, qui peuvent prolonger ou aggraver la crise
- Laisser le chien se réveiller à son rythme pendant la phase post-critique, en restant simplement à proximité
Quand c’est une urgence vitale
Une crise qui dure plus de 5 minutes, ou plusieurs crises rapprochées sans reprise de conscience complète entre elles, définissent un état de mal épileptique : le cerveau consomme alors une quantité d’énergie qui peut provoquer des lésions irréversibles, une hyperthermie sévère et engager le pronostic vital. C’est une urgence vétérinaire absolue, à emmener sans délai, y compris de nuit. Des crises en grappe (plusieurs crises en moins de 24 heures, avec récupération complète entre elles) justifient elles aussi une consultation rapide, même si chaque crise prise isolément semble se terminer normalement.
Diagnostic
Le vétérinaire commence par un examen neurologique complet et un bilan sanguin, pour écarter une cause métabolique. Selon l’âge de début, la fréquence des crises et les signes associés, une IRM cérébrale et une analyse du liquide céphalo-rachidien peuvent être proposées pour rechercher une cause structurelle. Chez un chien jeune, sans signe neurologique entre les crises et avec une race prédisposée, le diagnostic d’épilepsie idiopathique est souvent posé sans aller jusqu’à l’IRM, sur la base d’un faisceau d’arguments cliniques.
Traitement : un suivi le plus souvent à vie
Le traitement anticonvulsivant est généralement instauré dès qu’un chien présente plus d’une crise par mois, des crises en grappe, ou un premier état de mal épileptique. Les molécules de référence :
- Le phénobarbital : traitement historique, efficace et peu coûteux, mais qui nécessite une surveillance régulière de la fonction hépatique et un dosage sanguin périodique
- Le bromure de potassium, souvent utilisé en association, notamment quand le phénobarbital seul ne suffit pas
- Le lévétiracétam, une molécule plus récente, sans toxicité hépatique connue, mais qui nécessite des prises plus rapprochées dans la journée en raison de sa demi-vie courte
- L’imépitoïne, spécifiquement développée pour le chien, avec un profil de tolérance intéressant en première intention pour les formes légères à modérées
L’arrêt brutal d’un traitement anticonvulsivant peut provoquer un état de mal épileptique : toute modification de traitement doit toujours se faire progressivement et sous contrôle vétérinaire.
Vivre avec un chien épileptique au quotidien
- Tenir un carnet des crises : date, durée, description, éléments déclenchants possibles : une aide précieuse pour ajuster le traitement
- Maintenir des horaires réguliers de sommeil et d’alimentation, le manque de sommeil pouvant favoriser les crises
- Éviter le stress excessif et les changements brusques d’environnement autant que possible
- Prévenir l’entourage et les personnes qui gardent le chien de la conduite à tenir en cas de crise
- Ne jamais arrêter ou modifier le traitement sans avis vétérinaire, même en cas d’amélioration apparente
Coût du suivi et rôle de l’assurance
Le bilan diagnostique initial, surtout s’il inclut une IRM, peut représenter une dépense importante : comptez de 150 à 300 € pour un bilan sanguin et un examen clinique complet, et souvent plus de 1 000 € si une IRM cérébrale est nécessaire. Le traitement au long cours, lui, représente en général 30 à 80 € par mois selon la molécule et le poids du chien, auxquels s’ajoutent des dosages sanguins réguliers. Un état de mal épileptique nécessitant une hospitalisation en urgence peut, à lui seul, coûter plusieurs centaines d’euros. Comme pour l’hospitalisation longue durée, qui peut concerner un chien en état de mal épileptique répété, ces frais imprévisibles et parfois lourds sont typiquement ceux qu’une assurance santé chien permet d’absorber sans arbitrage financier dans l’urgence.
Sources et pour aller plus loin
- VetAgro Sup — ressources en neurologie vétérinaire canine
- IVETF (International Veterinary Epilepsy Task Force) — consensus de référence sur le diagnostic et le traitement de l’épilepsie canine
- Notre article sur l’assurance chien et hospitalisation longue durée, pour comprendre la prise en charge des urgences neurologiques prolongées
FAQ
Un chien épileptique peut-il vivre normalement ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Avec un traitement bien ajusté, la plupart des chiens épileptiques mènent une vie proche de la normale, avec des crises rares ou absentes.
Faut-il vraiment emmener mon chien chez le vétérinaire après chaque crise ?
Après une première crise isolée de courte durée, une consultation dans les jours qui suivent est recommandée, sans urgence absolue si le chien récupère normalement. En revanche, toute crise de plus de 5 minutes ou toute série de crises rapprochées impose une consultation immédiate.
Mon chien peut-il perdre la mémoire ou changer de caractère à cause de l’épilepsie ?
Des crises fréquentes et mal contrôlées sur de longues périodes peuvent affecter certaines fonctions cognitives. C’est une raison supplémentaire de traiter rapidement et de viser un bon contrôle des crises dès le diagnostic.
Peut-on filmer une crise pour montrer la vidéo au vétérinaire ?
C’est même vivement recommandé : une vidéo aide énormément à confirmer qu’il s’agit bien d’une crise d’épilepsie et pas d’un autre trouble (syncope, trouble du comportement), et à en préciser le type.
L’épilepsie est-elle héréditaire ?
Dans sa forme idiopathique, une composante génétique est fortement suspectée chez plusieurs races prédisposées, même si le ou les gènes en cause ne sont pas toujours identifiés. Il est généralement déconseillé de faire reproduire un chien épileptique.



